Portrait d’une bénévole, ou l’art de donner avec le coeur

Chez elle, l’engagement n’est pas une posture :

c’est une respiration.

Elle s’appelle Cathy, soixante-dix ans, et véhicule avec elle une énergie tranquille de celles qui ne savent pas rester spectateurs de la vie.

En décembre 2019, elle arrive dans le Gers. L’hiver est là, les valises encore pleines de souvenirs d’ailleurs. Elle s’installe à Mirande sans imaginer que le monde s’apprête à ralentir, à se confiner, à douter. Juste avant la Covid, juste avant le silence des rues, Cathy s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire.

Nouvelle région.
Nouveaux visages.
Nouveaux repères à apprivoiser.

 

 

On pourrait croire à un simple déménagement, mais pour Cathy, chaque changement est une invitation.

Très vite, une porte discrète s’ouvre à elle : Celle du CPIE pays gersois. Mais ce n’est pas un hasard. En effet, un ami originaire de Pau lui a parlé de l’association environnementale et pour Cathy c’est une magnifique opportunité de poursuivre son engagement.

 

La curiosité est un guide

qui anime  le bleu de ses yeux.

 

Mais surtout parce qu’au fond, elle ne sait pas faire autrement. Quand une occasion de partager, de rencontrer, de s’engager se présente, Cathy avance. Chez elle, l’engagement n’est jamais calculé. C’est un élan. Un mouvement du cœur qui, doucement, l’amène à trouver sa place — et à la donner aux autres.

 

« J’ai toujours fait du bénévolat, depuis l’âge de neuf ans. »

 

Chez Cathy, l’engagement n’est pas un choix ponctuel. C’est une manière d’être au monde. Chorales, scoutisme, secourisme, humanitaire…

Le travail en équipe.

Elle a « toujours baigné dedans ». Une culture familiale, transmise par des parents eux-mêmes engagés. Une éducation à l’ouverture et au collectif.

 

 

 

 

Ce qui l’anime ?

Le groupe.

Le fait de faire ensemble.

 

Au CPIE, elle commence par participer aux ateliers grand public. Elle observe, elle apprend, elle partage. Puis vient l’appel à bénévoles pour préparer le vingtième anniversaire de l’association. Elle répond présente.

Décoration, logistique, photos des stands, réalisation d’un diaporama… Elle met la main à tout. C’est là qu’elle s’intègre pleinement au collectif.

 

« Le bénévolat, c’est une façon de rencontrer. »

 

Quand on lui demande de définir le bénévolat, elle ne parle ni d’abnégation ni de sacrifice. Elle parle de rencontres.

Des tas de gens.
Des opportunités de partage.
Des échanges de savoir-faire comme de savoir être.

 

Et puis il y a le service. Rendre service simplement. Pour Cathy, le bénévolat est un espace vivant. Un lieu où l’on donne, bien sûr, mais où l’on reçoit tout autant.

« Petit pas par petit pas,

on arrive à trouver beaucoup de satisfaction. »

 

Après le vingtième anniversaire, un nouveau défi s’ouvre à elle.  En effet, la bénévole qui gérait le centre de ressources du CPIE doit s’arrêter pour raisons de santé. Il faut quelqu’un. Cathy répond présente, bien qu’elle ne soit pas spécialiste en botanique. Ni experte en naturalisme. Elle le sait. Elle le dit. Mais elle ose.

Elle apprend à trier, à classer, à cataloguer. Elle découvre les subtilités d’une nomenclature parfois complexe. Elle échange avec les salariés, avance « en bonne intelligence » avec eux.

Ce travail minutieux devient un terrain d’apprentissage. Une manière concrète de contribuer à la diffusion des connaissances sur la flore, la faune, l’environnement. Et surtout, une manière de continuer à faire partie de l’équipe.

 

« Malgré mon grand âge,

j’ai besoin des plus jeunes pour travailler. »

Cathy insiste sur ce point. L’intergénérationnel n’est pas une formule, c’est une réalité.

 

Pour Cathy,

l’écologie commence par l’humain.

« Toujours l’humain en premier. »

 

Elle aime rappeler l’étymologie de l’écologie : « l’humain et son habitat. Nous sommes sur terre, les uns avec les autres. Il n’y a plus d’îles désertes où se réfugier. »

Alors autant faire ensemble. Même si le contexte environnemental est complexe. Même si l’actualité peut sembler lourde.

« À sa petite échelle, on peut toujours faire des choses intéressantes »,

affirme-t-elle avec conviction.

 

« Donner, c’est facile.

 Recevoir, ce n’est pas toujours évident. »

 

Le parcours de Cathy ne s’est pas limité à la France. Elle a travaillé à l’international, vu d’autres réalités, parfois très dures. Des pays en guerre. Des enfants malnutris.

Elle parle d’un sourire retrouvé. D’un regard brillant. D’un enfant qui va mieux.

« C’est un beau cadeau. »

Elle dit avoir reçu « mille cadeaux » au fil de sa vie.

Pour elle, aucune rencontre n’est fortuite. Même celles qui déstabilisent. Même celles qui dérangent. Chaque rencontre fait avancer.

Et peut-être que le vrai don commence là : apprendre à recevoir.

 

« Ce n’est pas seulement donner ce qu’on a en trop.

C’est oser donner une part de soi-même. »

 

Cathy interroge une générosité de façade, celle qui consiste à donner son superflu. Pour elle, le bénévolat n’est pas une case à cocher ni une bonne action occasionnelle.

C’est un engagement du cœur. Donner une part de soi. Du temps. De l’attention. De la présence.

« Son cœur, tout simplement. »

 

Son message est clair. Direct. Enthousiaste.

« Venez, on a besoin de vous. »

Parce qu’on y trouve toujours quelque chose d’intéressant. Parce qu’on se sent utile. Parce que cela remet en question, fait grandir, ouvre à l’autre. Parce que les petits pas construisent de grandes choses. À travers son engagement au CPIE, Cathy nous rappelle que l’écologie est une affaire de liens. De regards croisés. De coopération.

En rencontrant Cathy, en écrivant cette chronique tirée de son interview, je saisis que derrière chaque action, aussi modeste soit-elle, il y a une histoire humaine.

La sienne en est une très belle illustration.